Dimanche soir plein d'émotions et de tensions. Lundi matin, un gout acre de déception. Puis un sentiment étrange, mélé de soulagement et d'absurde, en voyant notre chef de l'Etat remercier l'équipe de football qui a défendu nos couleurs pendant la Coupe du Monde. Images suivantes : scènes de liesses et drapeaux tricolores en Italie. Rouge, blanc, et vert... il s'en est fallu de peu, d'une nuance dans les couleurs, d'un tir au but mal lancé, pour que la victoire se décline aux trois couleurs : bleu, blanc et rouge. Cette joie que connaissent les italiens auraient été la notre, nous qui avons tant besoin de bonheur collectif, il ne nous manque qu'une seule chose pour être heureux, en ces quelques jours qui précèdent notre fête nationale : le vert, couleur de l'espoir. Et les commentateurs de conclure sur ces images, avec un certain soulagement  malsain, que cette victoire n'allait certainement pas arranger la situation économique en Italie qui ne va pas au mieux.
Flash back, quelques jours avant, constat des journalistes : Zinedine Zidane, virtuose du football, est  la personnalité  préférée des  français.  Cette  place de choix  fut ravie à l'Abbé  Pierre,  combattant de  toujours de la pauvreté. Doit-on y voir un signe que la pauvreté a reculé en France, que la conjoncture économique s'est améliorée ? Que d'autant qui vivent en France ne peuvent se laisser aller à cette analyse. Seul un constat subsiste : c'est un footballeur qui incarne aujourd'hui les aspirations et l'idéal des Français. Zinedine Zidane, fils d'immigrés, enfant de la Castellane, à Marseille, travailleur acharné, dévoué, discret et modeste, malgré son formidable talent de virtuose, Dieu du stade. Avec dévotion les Français ont vibré au rythme des pas divins de l'Equipe de France. Puis ils ont maudit les forces qui ont rapproché Zidane et  Matterazi, joueur italien. Ce dernier deversant un flot d'insultes qui firent perdre la tête à Zidane, tête qui vint percuter la poitrine de Matterazi, propulsé à terre, tandis que Zidane fut expulsé à coup de carton rouge, après dénonciation du quatrième arbitre assistant. Stupeur et incompréhention en France, le dieu s'effondre. Et la polémique de naître et d'enfler sur les propos tenus par Matterazi. Qui est ce monstre qui a détroné le Roi, quels propos orduriers et puants se sont échappées de sa bouche, et ont éloigné la perspective d'un adieu paisible, et d'une communion entre les français et leur dieu du football, en ses derniers instants de jeu.
En pays transalpin, Matterazi est un héro qui a marqué contre la France, Matterazi a conquis la coupe dorée ravissant le coeur des italiens, Matterazi est le dieu du moment.
Matterazi, comme Zidane, a une trentaine d'années. Il a perdu sa mère pendant son enfance, et a connu une adolescence difficile. Son coté "tête brulée" lui vaut une réputation de joueur brutal dans le football italien. Mais la tête brulée, l'enfant blessé a trouvé  une echappatoire :  le football  salvateur,  qui en a fait  pour  quelques  temps, le Prince de l'Italie.
Dieux contre dieux, princes contre princes, les footballeurs laissent parfois tomber la divine parure dont les peuples les ont revêti, pour redevenir des hommes. Et l'enfant de la Castellane et l'enfant blessé se chamaillent, dans un triomphe de la justice privée qui désole les peuples. Grandeur et décadence. N'attant-on pas trop des sportifs qu'ils soulagent nos frustations collectives, ne sacrifient-on pas les hommes aux noms de nos idéaux perdus ?
A Rome, on a fété la victoire au Cirque antique, là où, autrefois, s'entretuaient les gladiateurs pour le plaisir des peuples.
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