Devoir de mémoire

Je reprends ce blog, comme on reprend la lecture d’un livre inachevé. L’espoir de renouer avec l’enthousiasme qui guida alors mes premiers pas dans la vie n’y est pas étranger.

La pensée commune veut que la maturité emporte un renoncement à ses illusions.

Jusqu’à ce que ce renoncement, cet oubli, devienne un détournement de notre essence.

Alors que j’écrivais les premières lignes de ce blog, il n’y avait en France, ni Facebook, ni Twitter, ni cette frénétique immédiateté qui a envahi  nos relations sociales. Le support ne guidait pas le contenu.

Plus d’une décennie a passé, une révolution profonde dans nos identités s’est installée, presque sans que nous nous en rendions compte.

Chacune de nos réflexions est désormais soumise à l’injonction d’y être instantanément approuvée. Dans ce jeu de miroir, c’est le temps de la réaction qui dicte sa chronologie, l’adrénaline de la satisfaction narcissique immédiate.

Nos pensées s’effacent sous les vagues perpétuelles de nos émotions, qui chassent les unes après les autres les précédentes, suivant les algorithmes. La tentation de s’oublier dans ce tourbillon qui se superpose à celui du quotidien est immense.

Ce blog, comme tant d’autres choses, avait été oublié. Et comme tant d'autres blogs.

Ecrire sur un blog est un choix anachronique délibéré.

C’est une façon de retisser une linéarité temporelle brisée.

Un acte de résistance de la mémoire.

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